Les trois soeurs

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(Couverture faite par Cool art vision)

Il était une fois, un couple et ses trois filles vivant dans une ville du nom de Filistra. L’aînée de la famille, prénommée Pascale, avait une trentaine d’années. Elle avait des yeux gris légèrement voilés de blanc. Tous ceux qui croisaient son regard avaient l’impression qu’elle était aveugle, ce qui n’était pas le cas. Malgré son âge, elle possédait une longue chevelure de couleur poivre et sel, ce qui accentuait la couleur de ses yeux. Cette femme adorait porter des vêtements et des accessoires vintages. Elle était incollable sur le style rétro. La seconde, Prescilla, était âgée de seize ans, elle avait deux passions : la lecture et la musique pop. Elle était de taille moyenne, possédait des yeux de couleur noisette, des cheveux auburn coupés au carré et une peau parfaite. Elle était pleine de vitalité, toujours à la pointe de la mode et de la technologie. Rien n’échappait à ses yeux de lynx. Futine, la dernière de la famille, n’avait que cinq ans. Elle était de très petite taille et avait de grands yeux marron très foncé. Si on la regardait droit dans les yeux, on avait l’impression de tomber dans un puits sans fond. Ses cheveux noirs taillés court ainsi que son visage arrondi, lui donnait l’apparence d’une petite poupée. Malgré les apparences, elle était toute aussi pleine de vitalité que l’était sa sœur. Elle était curieuse et surtout désireuse d’apprendre plus sur le monde qui l’entourait. Toutes les trois étaient inséparables et elles prenaient toujours soin les unes des autres.
A chaque Halloween, la ville organisait une soirée où les enfants se présentaient aux portes des habitations, vêtus de leur plus effrayant costume. Celui qui obtenait le plus de tampon sur son carnet de vote, remportait son poids en bonbon. Ce jour-là, les parents des trois filles étaient invités à une fête qui se trouvait dans la ville voisine.

– Soyez sages les enfants, recommanda la mère en donnant de rapides baisers sur le front de chacune d’elles. Et surtout ne mangez pas trop de sucreries. Ce n’est pas bon pour vos quenottes. Pascale, assures-toi que Futine se brosse les dents et qu’elle dorme dans sa chambre et toi Prescilla, à minuit tapante : au lit !
– D’accord maman, soupira la deuxième qui regardait son fil d’actualité sur facebook.
– Ne t’inquiète pas maman, je m’occupe de tout, rassura l’aînée. Et vous, amusez-vous bien.
– Merci, ma puce, répondit le père. Appelez-nous en cas de besoin.
– Pas de soucis, dit Pascale. Allez zou !

Pascale les poussa hors de la maison puis se tourna vers ses sœurs avec un large sourire après avoir fermé la porte.

– Alors, que faisons-nous en premier ?
– LES BONBONS !!!! Cria de joie la petite sœur.
– Eh bien, va pour les bonbons ! Confirma Pascale avant de regarder sa petite sœur qui n’avait pas lâché son pc. Tu nous accompagnes Pres ?
– Ouais pourquoi pas. Répondit-elle avec un semblant d’intérêt.
Pascale poussa un soupir et posa ses mains sur ses hanches.
– Tu es sûre de vouloir nous y accompagner ?
– Oui, pourquoi ? demanda-t-elle sans quitter des yeux son écran d’ordinateur.
– Tu n’as pas l’air emballée par cette sortie ?
– Et pourtant si. C’est Halloween ce soir, c’est la chasse aux monstres !
– Ben voyons.

Prescilla leva les yeux puis lui fit un clin d’œil, ce qui fit sourire Pascale. Ensuite, elle emmena la petite dernière dans sa chambre afin de se préparer pour la tournée de friandise. C’était la première nuit d’Halloween pour Futine, elle en était excitée comme une puce. Une heure plus tard, les trois sœurs commençaient leur tournée. Leurs tenues étaient des plus agréables à regarder malgré l’ambiance morbide. La petite Futine était vêtue d’une robe de princesse taché de sang. Dans sa main, il y avait un couteau de cuisine alors que son visage était caché derrière un masque blanc dont on voyait à peine ses yeux. Prescilla portait un ensemble semblable à celui de l’un des personnages de son jeu vidéo favori. Une tenue de cheerleader rose et violette, une sucette à la bouche et une tronçonneuse rose à la main. Pascale, quant à elle, s’était déguisée en vampire. Sa longue robe noire fendue à la taille dévoilant sa cuisse gauche ainsi que son maquillage saignant, la rendait terriblement sexy et envoûtante. Durant le trajet, elles ne cessaient d’effrayer les passants ainsi que le voisinage avec des farces toutes aussi farfelues les unes que les autres. La dernière maison visitée, elles décidèrent de s’acheter une pizza sur le chemin du retour et de rentrer au chaud.
Une fois changées et installées devant la télé, Pascale lança une sélection de film d’horreur tandis que Futine triait son butin. Quand elle eut fini, elle s’installa entre ses sœurs et dévora sa part de pizza. A peine rentrée, Prescilla était de nouveau connectée sur son ordinateur portable.

– Tiens…
– Quoi ? Demanda Pascale qui regardait le film.
– Il y a une alerte. Visiblement, un tueur en série sévit dans la ville voisine.
– Ah ?! S’étonna l’aînée. Là où sont les parents ?
– Non. De l’autre côté.
– Et ça dit quoi ?
– Ben, qu’il ne faut pas sortir seul le soir, ni rentrer trop tard, se barricader, énuméra-t-elle tout en lisant l’information. Bref, le truc habituel. Il n’y a pas de portrait-robot mais visiblement, il s’en prendrait uniquement aux femmes seules. Il en est à sa… oh mon dieu !
– Quoi encore ?
– Il en a tué près d’une vingtaine dans un secteur de trente kilomètres.
– T’es sérieuse ? S’écria Pascale qui porta son attention sur sa sœur.
– Ouais. Putain la loose…
– Et on fait quoi ? demanda Futine avec sa petite voix flûtée.
– Rien du tout, ma puce. Tant qu’on est à la maison, on est en sécurité.

Elle embrassa le front de sa petite sœur et se reconcentra sur le film. Alors qu’elles passèrent au troisième film, Futine se redressa de toute sa hauteur, comme à l’affût du moindre bruit.

– J’ai entendu quelque chose, annonça-t-elle doucement.
– J’ai rien entendu, répondit Prescilla qui était toujours concentrée sur son ordinateur.
– Moi non plus, enchérit Pascale. T’es sûre que ce n’était pas une branche qui tapait sur la vitre à cause du vent?
– Non… enfin, je ne sais pas.
– Ça doit être le vent, Fut. Lança Prescilla. Bon tu lances le film Pascale ?
– Oui, il arrive.

Futine s’adossa sur le canapé et regarda la télé. Quelques minutes plus tard, sa curiosité avait pris le dessus. Elle avait bien entendu un bruit qui provenait de l’intérieur de la maison. Les filles n’avaient pas d’animaux de compagnie et ce que Futine entendait ne correspondait pas à une branche qui se faisait malmener par le vent. Elle se leva et se rendit en direction du bruit. Tout portait à croire qu’il provenait de la cuisine. Sa petite taille l’empêchait de voir complètement la pièce. Les meubles lui cachaient la vue d’une tête sans compter l’emplacement de l’interrupteur qui était assez haut par rapport à elle. Elle prit son tabouret, y monta et appuya sur le bouton. Puis, elle descendit et fit le tour du plan de travail en marbre et arriva devant la grande table de la cuisine. Elle regarda aux alentours, intriguée par quelque chose. Malheureusement, elle ne voyait rien d’anormal. Elle continua donc son inspection. En contourna la table, elle vit un trou dans l’un des carreaux de la porte. Elle s’approcha lentement et marcha sur les débris de verre qui la firent sursauter. Elle recula rapidement et regarda les éclats.

– Qui a fait ça ? S’interrogea –t-elle.

Dès l’instant où elle se retourna pour prévenir ses sœurs, elle se retrouva nez à nez avec deux énormes bottes noires. Elle leva lentement les yeux vers l’inconnu. Il avait l’air d’être plus grand que son père. Il portait un masque plus effrayant que celui qu’elle portait ce soir-là. Il était tout blanc, taché de rouge par endroit, le sourire tombant et les yeux étaient encadrés d’énormes creux comme les cernes que leur mère cachait vainement selon l’humour de leur père. Il était vêtu d’une combinaison bleue qui était aussi tachée de noir et de rouge foncé. Il avait en main un long couteau de cuisine dont la lame brillait sous la lumière artificielle. Futine le reconnaissait car son père lui avait interdit de s’en approcher. Elle voulait hurler mais son corps refusait de réagir, il tremblait comme une feuille, des larmes roulaient le long de ses joues. Lorsqu’elle finit par ouvrir la bouche pour enfin hurler, la lame lui transperça le cœur. Elle regarda l’arme qui fusionnait désormais avec son corps, il prenait une teinte rouge. Son propre sang. Des petites gouttes tombèrent sur le carrelage blanc. Le cœur de Futine avait cessé de battre dès l’instant où il l’avait atteint, ses yeux se révulsèrent et son petit corps qui était devenu lourd s’écroula au sol. L’inconnu tourna le couteau avant de le retirer de façon très lente, il savourait ce moment. Le sang coulait à flot et l’encadrait comme un lit de rose. Le meurtrier la regardait avec intérêt. Il se pencha vers elle et lui caressa la joue, arrangeant même une mèche de ses cheveux. Sa respiration était saccadée. Il prit son portable dans la poche arrière de son jean et prit quelques clichés de sa victime.
Dans le salon, les autres sœurs ne s’étaient pas rendu compte de la disparition de leur petite sœur. Ce n’est que plus tard que Prescilla en fit la remarque :

– Elle est partie où Fut ?
– Ah ? Maintenant que tu le dis. Futine ? Cria Pascale. Tu fais quoi ?
N’obtenant aucune réponse de sa part, Pascale recommença :
– Futine ? cria-t-elle exaspérée.
– Elle nous fait une blague, là ? Pensa-t-elle.

Elle se retourna mais elle ne vit personne sauf la lumière de la cuisine qui était allumée. Elle se leva à son tour et y entra. Personne.

– Futine ? Ma puce, sors de ta cachette !
Toujours rien. Elle poussa un soupir. Elle posa deux doigts sur la table ronde sur laquelle la famille prenait le repas le plus souvent. Tout en marchant, elle les fit glisser et là, ce fut le choc.
– Futine ! Cria-t-elle.

Elle s’élança vers le corps inerte de la petite et la prit dans ses bras.

– Futine ! Oh mon dieu, Futine réveille-toi ! Supplia-t-elle. Prescilla !!!

Entendant les cris alarmants de sa sœur, Prescilla se rendit aussitôt dans la cuisine.

– Qu’est-ce qui se passe ? S’inquiéta-t-elle au son de la voix paniquée de sa soeur.
– Futine ! Pleura-t-elle. Notre petite sœur…

Prescilla s’approcha de Pascale et vit le corps sans vie de Futine. Elle poussa un cri strident. Elle recula si brutalement qu’elle fit tomber les ustensiles en inox qui étaient posés derrière elle.

– Oh mon dieu ! Futine ! Qui a osé faire ça ? questionna-t-elle d’une voix tremblante.

Pascale tenait dans ses bras le corps encore chaud de leur petite soeur. Elle pleurait si intensément que les cheveux de l’enfant en étaient humides. Prescilla se laissa glisser au sol, encore sous le choc.

– Pascale…

Elle ne lui répondit pas, son cœur était si meurtri par la perte de sa sœur.

– Pascale, répéta Prescilla en haussant le ton.
– Quoi ? bredouilla-t-elle.
– Tu crois que…
L’ainée leva lentement les yeux vers sa cadette.
– Qu’est-ce qu’il y a ? On doit appeler la police…
– Et… Et s’il était toujours là…
– Qui ça ?
– Le tueur ?
– Quoi ?
– Tu crois qu’il est parti ?

Pascale prit conscience des paroles de Prescilla. Elle se leva tout en gardant dans ses bras Futine.

– Tu crois que….

Soudain, la lumière s’éteignit, ce qui fit sursauter les deux jeunes filles qui poussèrent des cris.

– Oh mon dieu ! Tu crois qu’il est toujours là ? paniqua Prescilla qui s’agitait dans tous les sens, cherchant à savoir qui d’autre pouvait se trouver dans la pièce.
– C’est possible, il faut qu’on…

La voix de Pascale s’éteignit. Quelque chose de froid, d’humide et de tranchant s’était posé sur sa gorge. Pascale sentit l’objet glisser le long de sa peau, la douleur la brûlait. Elle connaissait cette sensation car elle se l’était déjà infligée accidentellement en faisant la cuisine. Soudain, une chaleur s’éleva en elle suivit d’une quantité immense d’humidité. Prescilla hurla à plein poumons tandis que le corps de sa sœur s’effondra sur le sol. Cette dernière leva une main tremblante vers la seconde, ses yeux étaient voilés par les larmes, le sang coulait et se mêlait à celui de Futine.

– Fuis… Pres…
– Pascale !! hurla l’unique survivante.

Le tueur regarda Prescilla avec le même intérêt que la petite. Il fit un pas, puis un autre. Rassemblant tous ses esprits et son courage, Prescilla se redressa et courut vers la porte d’entrée. Elle fut arrêtée net dans sa course car, le tueur a été bien plus rapide qu’elle. Il l’attrapa par les hanches et la projeta violemment contre le buffet. La vitre se brisa sous l’impact. Prescilla était sonnée et blessée, elle leva à peine la tête lorsqu’elle vit le tueur qui se postait devant elle. Ce dernier la saisit par la gorge et la souleva comme si elle n’était qu’un poids plume. Il passa la lame le long de la joue de Prescilla.

– Tu… es… ma… gni…fi…que, dit le tueur en la détaillant.
– Laissez- moi, s’il vous plaît…. Supplia Prescilla en larme. Je ne vous dénoncerais pas mais laissez-moi partir…
– Tu … es… ma… gni… fi… que, répéta-t-il sans écouter les suppliques de cette dernière.

La voix du tueur était traînante presque tremblante d’excitation, sa respiration en était terriblement saccadée. Il approcha son visage contre elle, il respira son parfum. Le masque froid et humide donna des frissons de dégoût à Prescilla. Elle continua à le supplier de la libérer mais rien n’y fait. Il la bloqua contre le buffet, des bris de verre s’enfonçaient dans sa chair ce qui lui arracha des cris de douleur.

– S’il vous plaît, continua-t-elle à supplier, laissez-moi tranquille.
– Non. Je dois le faire.
– Pourquoi ?

Il la poussa un peu plus contre le verre qui s’enfonçait dangereusement dans son dos. Prescilla n’en pouvait plus, la douleur en était insupportable et elle perdait énormément de sang. Elle risquait de mourir à tout moment. Le tueur repassa la lame sur sa joue et cette fois, il la coupa à vif. Elle voulait en finir car elle craignait le pire.

– Ne me violez pas. Je suis trop jeune pour cela.
– Je ne veux pas de ta virginité. Je veux juste ton sang.

En disant cela, il planta son couteau dans le bas-ventre de Prescilla. Elle ouvrit ses yeux sous le coup, l’air lui manqua, il la poignarda encore et encore. Puis, il la lâcha. Le corps de sa victime tomba dans un bruit lourd. Il la tourna brutalement sur le dos alors qu’elle tendit la main vers une sortie d’espoir. Il se mit au-dessus d’elle avant de recommencer à la frapper avec sa lame.

– Tu es magnifique ! Continua-t-il à dire en la poignardant avec force.

Au bout d’un moment, il s’arrêta puis la regarda. Il enleva son masque. Ses yeux bleus brillaient dans la nuit. Un sourire se dessina sur ses lèvres, son visage et ses cheveux noirs étaient humides et collants de sueur et de sang. Il se pencha, prit une mèche des cheveux de Prescilla et respira l’odeur de son shampoing. Un parfum de fraise. Ce fruit avait la même couleur que son sang, il adorait ce fruit. En vérité, il adorait tout ce qui était rouge. Il descendit son visage le long du corps de sa victime, le goût du fer émanant du sang l’enivrait. Il passa sa langue sur la joue de la jeune fille. Il regarda les traces qu’il avait laissées sur son corps, ce fut un chef d’œuvre, le plus beau qu’il ait pu faire. Sa poitrine, son ventre, son front, son bassin. Toutes ces parties avaient été lacérées à la perfection. Il plongea son regard dans celui de Prescilla qui avait pris une teinte légèrement blanche. Il plissa les sourcils.

Comment un cadavre frais peut-il avoir l’œil blanchi aussi rapidement ? pensa-t-il.

Il se pencha de nouveau et regarda mieux ses yeux. Ses pupilles étaient bien dilatées mais ses iris changeaient de façon inexplicable.

– Fascinant, constata-t-il.

Il se leva et se rendit dans la cuisine.

– Mais…

Il n’y avait plus rien à l’endroit où il avait abandonné les corps. Seul le sang témoignait de la violence de son acte.
– Où sont mes corps ?
– Juste là, mon beau, lui répondit une voix enrouée.

Il se retourna mais ne vit personne. Il regarda autour de lui, méfiant.

– Tu nous cherches ? fit remarquer une autre voix.

Les battements du cœur du tueur s’accélérèrent rapidement. Il se mit en position d’attaque, pointant son couteau vers l’avant.

– Où êtes-vous ? Cria-t-il d’une voix menaçante.
– Là, dit une voix dans un coin de la pièce.
– Là, reprit une autre un peu plus loin.
– Là, répéta la troisième voix qui semblait être proche de lui.

Le tueur transpirait à grosse goutte, il tourna sur lui-même, cherchant à trouver les voix et surtout à les fuir.

– Montrez-vous ! ordonna-t-il sévèrement.
– Pour quoi faire ? demanda la voix.
– On pourrait s’amuser ensemble, ironisa le meurtrier.
– Oh ! Ne t’en fais pas. On va bien s’amuser !

Soudain, ce fut le noir complet pour le meurtrier. Plus tard, il se réveilla un peu embrumé. Des femmes discutaient à ses côtés.

– Tiens bien le fil, murmura une voix suave.
– Regarde comme il est court, chuchota une seconde voix.
– Je peux le couper ? Demanda une petite voix surexcitée.
– Non, patiente un peu ma puce, répondit la voix suave.

La petite voix poussa un soupire. L’homme ouvrit complètement les yeux et son regard croisa celui des trois victimes. Il voulut hurler mais ses lèvres avaient été scellées d’un épais fil noir. Toute tentative était inutile car à chacun de ses mouvements une douleur le lacérait. La peur se lisait sur son visage alors que ses anciennes victimes se délectaient de ce qu’elles voyaient.

– Regarde Futur, tu vois c’est comme ça que l’Homme est. Si faible et si … comme dit-on cela encore.
– Insignifiant, ma sœur. Répondit l’autre voix d’un ton ferme et catégorique.
– Oui, c’est cela Passé. Insignifiant.

L’homme était en proie à la panique, il cherchait à s’enfuir mais son corps ne répondait plus. Il regarda sur le côté et remarqua des fils cousus sur sa peau rattachée au cuir du canapé dans lequel il était assis. Il avait beau se débattre comme un beau diable, chacun de ses gestes écartelaient sa peau de sa chair. Ses cris étaient étouffés et des larmes coulaient sur ses joues. Sa respiration se faisait haletante et son cœur ne cessait de cogner brutalement contre sa poitrine. Le tueur qui est devenu la victime sentit son cœur explosé face à la douleur ressentie. Les trois sœurs se délectaient de la vue qu’il leur offrait.

– Je peux couper maintenant? s’impatienta la petite voix.
– Oui Futur. Humain, regarde comment ta vie va s’arrêter d’un coup. Annonça la voix âgée avec un sourire.

L’homme ouvrit grand les yeux lorsqu’il vit les deux sœurs aînées tenir un fil argenté entre leurs doigts alors que la petite le coupa d’un coup avec sa petite paire de ciseaux dorée.

Le lendemain, les parents rentrèrent de leur soirée. Ils étaient exténués par le trajet et par la fête, ce furent les sœurs qui les accueillirent dans la bonne humeur. Elles leur avaient même préparé le petit déjeuner.

– Oh, vous cherchez à vous faire pardonner quelque chose vous, accusa le père en regardant chacune de ses filles.
– Qui ça ? Nous ? S’indigna Pascale.
– Oui, vous, reprit-il. Alors, cette soirée, c’était bien ?
– Ouep, au poil! répondit Prescilla. Et vous ?
– Mon dieu, il me faudra une journée de plus pour me reposer, enchaîna la mère en s’asseyant aux côtés de son époux. Dites-moi, qu’est-ce qui s’est passé avec la vitre de la porte ?
– C’est le vent qui l’a cassée, répondit Futine en mangeant ses céréales.
– Tu en es sûre ma puce ? Interrogea la mère. C’est pas toi qui l’as cassée ?
– Non, c’est pas moi, se défendit-elle en secouant la tête.
– Oh là ! Qu’est-ce que c’est tout ça ?
Le père, qui s’était levé entre-temps, avait ouvert le congélateur et découvrit plein de sacs de congélation.
– Oh ! On a fait des courses et du coup… il y a ça, répondit Pascale calmement.
– Que de la viande, enchérit Prescilla.
– Beaucoup de viande, renchérit Futine en faisant de grands mouvement étirés avec ses petits bras. Enorme. Comme ça.
– Hum… Je vois. C’est de la bonne qualité au moins ?
– Ouais, ça va. Répondit Prescilla en frottant son ventre.
– Eh bien, on aura de quoi manger ce soir, lança la mère. Bon, moi je vais me coucher.
– Bisou maman, réclama Futine.
– Oui bisous ma puce.

Après quelques baisers, la mère se rendit dans sa chambre, tandis que le père continua de fouiller, il tomba sur un autre sac et fit la grimace.

– Quelle sale gueule la bête.
– Je ne trouve pas, contredit Pascale.
– Tu aurais pu éviter de prendre ça.
– Ouais mais non. On a préféré l’avoir en entier.
– Si vous voulez. Tant que vous le mangez.
– Pas de soucis !

Le père referma le congélateur et alla prendre son petit déjeuner en compagnie de ses filles. Ces dernières se regardèrent avec un sourire en coin.

– Dis papa, tu crois qu’on aura droit à d’autres surprises? Demanda Prescilla.
– Finissez ce qu’il y a dans le congélo et après je vous en enverrais un autre.
– Et quand est-ce qu’on va faire venir « wouaf wouaf » ? Enchaîna Futine.
– Il est bien là où il est Futine. Je ne vais pas me permettre de ramener Cerbère ici. Il est trop chiant comme animal.
– T’as raison. Laisse-le là où il est. Approuva Pascale.
– Je pourrais lui donner un morceau de viande ? Demanda timidement la petite.
– Si tu veux Futine, finis d’abord ton petit-déjeuner et on va y aller.
– D’accord ! répondit-elle heureuse.
– Tiens, qui a gagné le concours ? S’interrogea le père.
– Ah oui, c’est vrai ça ! S’exclama Pascale. On va passer cette après-midi, récupérer les résultats. Je suis allé déposer le carnet de vote de Futine, donc il y a plus qu’à attendre.
– J’espère que ma puce à gagner/a gagné. Vous avez pris des photos ?
– Euh…
– Pouah ! Je me disais bien qu’on avait oublié quelque chose, s’écria Prescilla. Bon tant pis, ça sera pour la prochaine fois.
– Pfff … Franchement, reprocha le père avec lassitude.
– Eh ! Mais tu nous reproches de ne pas avoir pris de photos, et toi alors ?
– On ne nous prend plus en photo depuis des années et tu sais très bien pourquoi, répliqua le père avec un sourire en coin.
– Quelle injustice ! Grogna la cadette.
– Bref, on était belles comme tout papa, reprit l’aînée.
– J’en doute pas, confirma-t-il dans un large sourire.

Après ce moment de détente auprès de leur père, chacune retourna à ses occupations. Pascale s’occupa du repas, Prescilla chercha de nouvelles actualités et Futine épingla des fils argentés sur les cheveux de sa poupée préférée.

Fin