La violoncelliste

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Un immeuble, des voisins, une histoire.

Comme chaque matin, Lionel quittait son appartement pour se rendre à son lieu de travail et comme à chaque fois, il rencontrait sa voisine du dessus. Ils ne se parlaient pas, ni se saluaient et ainsi allait leur vie. Lionel était ingénieur et elle… il l’ignorait car il n’avait pas cherché à savoir non plus. Il passait son temps entre rendez-vous d’affaire, dessin, réunion en visio-conférence ou en salle. Sa vie était mouvementé et il adorait ça, elle lui plaisait telle quelle. Et comme chaque jour après son travail, il rentra dans son appartement trainant presque des pieds. Il était épuisé et ne désirait qu’une chose : dormir, mais il ne pouvait pas avec tout le travail qui l’attendait. Oui, son train d’enfer lui plaisait malgré les tâches exténuantes.
Il y avait autre chose qu’il aimait aussi, c’était son immeuble. Des voisins discrets, pas gênants et qui se savait être poli en toutes circonstances. Ils étaient au nombre de six habitants, lui y compris. Il ne connaissait que vaguement leur nom mais ignorait tout de leur vie et de leur métier. Il y avait un couple avec enfant et un autre sans enfant, deux célibataires et pour finir un couple de personne âgée. Son immeuble avait son humeur, son lot de joie et de tristesse mais il avait aussi sa petite magie. Une petite chose qui ne se produit qu’à un moment précis. Tous les jours, entre dix-sept heures et vingt heures, une mélodie se faisait entendre dans l’immeuble. Un air non pas de déjà vu, mais un air qui donnait simplement l’envie de rêver. Un air qui détendait. Lionel adorait cet instant. Il ne savait pas qui en était le joueur mais il trouvait qu’il avait un talent non négligeable, un talent que nul n’en possédait. Toutes les mélodies jouées étaient uniques. L’immeuble se mettait en transe : plus aucun bruit n’existait. Le son grave et profond rendait se moment particulier et enivrant. Lionel se sentait détendu lorsqu’il se retrouve chez lui et écoute cette mélodie. Le son lui semblait si proche qu’il avait la sensation de toucher les notes ou que les notes touchaient son âme. Il travaillait mieux dans ces conditions, la musique ne le dérangeait nullement, au contraire il aimerait que cela continu et que ça ne s’arrête jamais.

Puis un jour, sans qu’on ne sache pourquoi, le son cessa. L’immeuble se sentait mal, on sentait de la frustration, de l’angoisse. Les gens dormaient mal ou tout simplement vivaient mal. Lionel se disait qu’il a dû partir en tourné au vu de son talent mais cette réflexion fini par s’effondrer lorsqu’il entendit une conversation entre ses voisines :
— Vous avez remarquez, dis madame Herbert, la petite Jessica ne joue plus du violoncelle.
— Oui j’ai vu a, soupira madame Justin. Je me demande bien ce qu’elle a… est-elle malade ?
— Je l’ai vu pas plus tard qu’hier. Elle m’a sourie comme à son habitude mais au moment où j’allais lui demandé de ses nouvelles, elle est partie en courant. S’étonna Madame Herbert.
— Elle doit surement avoir un problème pour qu’elle arrête de jouer ainsi…. Sa musique était si mélodieuse et si…
Elle soupira.
— J’aimerais tellement qu’elle recommence, reprit-elle, ça me manque de ne pas l’entendre. J’en deviens folle à ne pas l’entendre.
— Moi aussi, confirma la personne âgée.

Lionel les quitta discrètement et repensa à la conversation durant toute la journée. Le soir venu, après avoir déposé ses affaires chez lui, il monta à l’étage de Jessica. Il s’avérait qu’elle habitait juste au-dessus de lui d’où cette impression de proximité entre lui et le joueur. Il sonna à la porte et se demanda par la même occasion les raisons de sa venue ici. Pourquoi était-il là alors qu’il ne se préoccupait pas de ses voisins. Il allait faire demi-tour lorsqu’un bruit d’ouverture le fit se tourner. Dans une petite fente, il vit une femme aux cheveux courts noirs, assez frêle, une peau perlée et des petits yeux marron. Elle n’avait rien d’extraordinaire, Lionel s’attendait à ce qu’elle lui demande ce qu’il faisait là… Rien ne venait. Elle était là sans dire un mot, juste le regard qui en disait long, un mélange entre surprise et nervosité.
— Je… Commença Lionel, J’étais venu pour…
« J’étais venu pour faire quoi ? » se demanda-t-il intérieurement.
— Désolé, je me suis trompé de porte, finit-il par dire avant de tourner les talons.
Il sentit une petite main lui toucher l’épaule. Elle était légère et fine. L’âme de Lionel semblait s’envoler et son cœur qui palpitait à vive allure était beaucoup plus calme. Il tourna la tête et la regarda. Il voulait entendre sa voix, il le souhaitait ardemment. Malheureusement, ce qui se passa était au-delà de ses pensées et de ses souhaits. Elle retourna à l’intérieur de son appartement et revient vers lui avec un bloc note et un stylo en main. Elle griffonnait quelque chose dessus puis le lui tends :
« Bonjour, vous voulez quoi ? »
Lionel ouvra grand les yeux, la vérité lui parue loin d’être une évidence.
— Vous ne parlez pas ? Osa-t-il demander.
Elle se pinça les lèvres comme gênée par la situation puis hocha la tête et la garda légèrement baissé. Il lui prit le bloc des mains et nota :
« Vous entendez ce que je vous dis ? »
La question semblait être bête et dérangeante mais Lionel voulait être sûr de ce qu’il savait au fond de lui au moment où il l’avait rencontré. Elle ne tarda pas à lui donner réponse :
« Non »
Mon dieu ! Cette fille est sourde et muette ! Il en resta bouche bée face à cela. Jessica poussa un soupir désespéré et s’apprêta à rentrer définitivement chez elle. Au moment où la porta se referma, Lionel bloqua cette dernière avec son pied.
— Attendez, j’ai quelque chose à vous demander ! S’il vous plait, écouter moi. Enfin, donnez votre bloc note pour que je vous parle.
Jessica hésita à lui ré-ouvrir la porte mais céda au regard insistant de Lionel. Elle ouvrit la porte et lui donna le bloc note, il la prit et nota :
« J’aime vous entre jouer, j’adore ce que vous composez. Je ne sais pas pourquoi vous avez arrêtez mais je désirerais que vous recommenciez. Ça me manque… je ne dors presque plus et … J’ai l’impression que vous savez touchez l’âme et le cœur des gens. Vous êtes doué, vous le savez ? »
Il se relie plusieurs se demandant si ça valait le coup de le lui dire, mais au point où il en est… il lui tendit le bloc note et la lit. Un petit cri de stupeur sorti de sa bouche et elle le regarda avec des yeux ronds. Il hocha la tête comme pour appuyer ce qu’il avait écrit, dès lors elle lui rendit réponse aussitôt :
« C’est vrai ? Je ne vous dérange pas avec ma musique ? Je suis si désolée, je ne savais pas car je me disais qu’à l’heure où je jouais, je devais vous gêner. C’est pour ça que j’ai arrêté de jouer du violoncelle. Pardon… »
Elle lui tendit le boc et il lu le message. Oh ! Elle a arrêté à cause d’un quiproquo. Quelle idée elle a eu aussi ! Si personne ne lui dit rien c’est que tout le monde apprécie, mais faut aussi dire qu’elle ne pouvait pas non plus le savoir. Il soupira et écrivait :
« Vous lisez sur les lèvres ? »
Elle prit le bloc et répondit :
« Oui mais pas tout le temps, vous parlez trop vite et j’ai parfois du mal à suivre »
En lisant la réponse, Lionel réfléchi à la façon dont il pourrait communiquer avec elle. Puis une question lui vint à l’esprit :
« Si tu es sourde et muette, comment se fait-il que tu joues d’un instrument ? »
« Les vibrations. Grâce à ça, je peux savoir où est l’aigu du grave et comme je pose l’instrument entre mes jambes et mon épaule, je ressens mieux les notes. »
« Ah… c’est comme ça qu’elle joue », se dit-il en hochant la tête. Il lui souriait actuellement et elle aussi. Il lui disait au revoir tout en l’encourageant à continuer de jouer à cette heure-là.

La semaine suivante, l’immeuble revivait de nouveau. Le son du violoncelle reprit ses droits dans ce lieu. Le son grave et envoutant, le son qui nous faisait vibre, le son qui ne nous rendait jamais triste. Un jour, Lionel acheta des fleurs et alla offrir le bouquet à sa voisine. Elle était en pyjama pastel et un masque sur le visage, au vu de sa façon de tousser elle avait attrapé la grippe. Il lui donna le bouquet de fleur et à la grande surprise de Jessica, il parla en LSM (langage des sourds et muets). Lionel s’était décidé à parler avec celle qui a su toucher son cœur non pas par les mots mais par la musique. Depuis, ils se rendent régulièrement chez l’un et l’autre. Il découvrait son monde et elle le sien.

Depuis le début de cette amitié, la mélodie semblait avoir changé. Elle était devenue plus joyeuse, plus entrainante, plus poignante. Lionel adorait ces moments-là. C’est ça, de vivre avec une violoncelliste.


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